samedi 27 mai 2017

JEAN PIERRE BUADES...............IN MEMORIAM

JEAN PIERRE BUADES EST PARTI REJOINDRE SON AMI DE TOUJOURS ROBERT SERRANO AINSI QUE VINCENT PAPPALARDO.
LA COMMUNAUTE PIED NOIRE EST EN DEUIL.
JOSIANE, JE PENSE TRES FORT A TOI..............


samedi 6 mai 2017

EN MARCHE FORCEE OU EN MARCHE ARRIERE

 Pour l'Education, Macron a trouvé pire que Najat Vallaud-Belkacem

Lu sur Agoravox :
"
Bariza Khiari fait partie de ces personnalités de l’ombre, qui à quelques jours de l’élection présidentielle, doivent impérativement être débusquées. [...]
Cette personnalité centrale d’En Marche, membre de la garde rapprochée de Macron et potentielle ministre de l’éducation en cas d’élection de ce dernier, a de quoi inquiéter les Français soucieux de préserver une certaine idée de la France, ainsi que de ne pas livrer la France aux idéologies mortifères. [...]
En effet, cette franco-algérienne, née à Ksar Sbahi en Algérie de parents fervents militants du FLN et sénatrice PS de Paris depuis près de 15 ans, n’a jamais caché son militantisme pro-islam. [..]
L'idéologie portée par Bariza Khiari est un danger pour la République, car sa proximité avec le CCIF, et notamment avec l’inénarrable Marwan Muhammad, est révélatrice de ce double discours insidieux que pratique à merveille une certaine frange de l’élite de la communauté musulmane.
Pour rappel, en 2011, Bariza Khiari déclarait que pour elle, « le problème ce n’est pas Tariq Ramadan, c’est le gouvernement ». Cette phrase venant exempter Tariq Ramadan de toute logique idéologique tendant à paver la voie à l’islamisme a de quoi surprendre. [...]
Pour la sénatrice PS, parler d’islam revient de facto à « créer des peurs » en agitant le chiffon rouge de l’immigration, et en procédant à des raccourcis fallacieux entre religion et fondamentalisme. [...] Et à ce titre, cette proche de Macron et future ministrable, s’est gravement fourvoyée il y a quelques mois dans un appel publié dans le JDD en faveur d’une réflexion sur la place de l’islam en France.
Dans cet appel publié fin juillet 2016, et impulsé par Bariza Khiari, 42 « intellectuels » musulmans se déclarent être prêt à « assumer [leurs] responsabilités » en matière de réflexion autour de la structuration de l’islam.
Si l’on excepte le flou inhérent à cet appel, et la confusion des genres tiraillant ce discours qui oscille perpétuellement entre politique et religieux, c’est surtout l’absence de toute référence aux victimes juives des attentats qui ont touché la France au cours de ces dernières années qui a suscité l’émoi.
Alors que cet appel débute par une énumération des différents attentats ayant ciblé notre territoire, n’importe quel lecteur est très vite interloqué et choqué par l’absence de tout hommage aux victimes de l’école Ozar Hatorah à Toulouse et aux victimes de l’HyperCacher de Vincennes. [...]
Dans Non je ne me tairai plus, livre publié le 8 mars de cette année, Amine El Khatmi, élu socialiste et musulman montre la face cachée des collusions entre une certaine élite socialiste et l’islamisme radical. Pour cet élu, difficilement soupçonnable d’islamophobie, les socialistes tendent à nouer des pactes du diable avec des acteurs ouvertement antirépublicains.
« Sur des questions aussi fondamentales que celles de la laïcité et de la résistance au communautarisme, les socialistes ne sont pas en ordre de bataille. Sur le terrain, des élus passent des compromis inacceptables »écrit le jeune élu socialiste.
Parmi les élus accusés de collusion avec l’islamisme radical par Amine El Khatmi on retrouve notamment la fameuse Bariza Khiari, qui a été vice-présidente du Sénat lorsque celui-ci est tombé à gauche pendant 3 ans (2012-2015).
L’auteur explique ainsi que des élus locaux et des parlementaires ont trouvé la parade pour financer des lieux de culte sans enfreindre l’article 2 de la de 1905, qui précise que la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte
Pour contourner cette loi majeure de notre République, certains élus versent leurs subventions à des associations présentées officiellement comme engagées dans un combat uniquement culturel, mais qui poursuivent en réalité une finalité bien plus perfide et sournoise : mettre en place des montages financiers complexes pour financer la création de mosquées grâce à de l’argent public.
Archétype même de ces montages financiers complexes, l’Institut des Cultures d’Islam dirigé par Bariza Khiari est révélateur de ces pratiques qui bafouent ouvertement les valeurs républicaines. De concert avec Anne Hidalgo, toujours aussi complaisante à l’égard d’acteurs qui gravitent pourtant dans des sphères foncièrement islamistes, Bariza Khiari a fait voler en éclats les frontières entre culturel et cultuel.
L’ICI est situé dans le XVIIIe arrondissement de Paris, et cohabite en son sein une école où est enseigné l’arabe littéraire et…une salle de prière pilotée par la Grande Mosquée de Paris, mais financée par de l’argent public. Interrogée en septembre 2016 par Bernard de La Villardière dans le cadre de son émission « Dossier Tabou »,Bariza Khiari, acculée par les faits manifestes etincontestables, reconnaîtra du bout des lèvres que le centre, financé par la municipalité de Paris, est bel et bien une seconde mosquée de Paris. [...]"
Elle est déléguée nationale du mouvement En marche !
Une bonne recrue dans ce parti de « nouveautés » !
 

lundi 1 mai 2017

Extrait de COMME ELLE DIT MA MERE que j'écris actuellement



Ça y est, c’est sûr, cette semaine, je tape cao pour faire comme tout l’monde. Faire manca oura, çuila qui l’a jamais fait, c’est pas un homme ! Alors, comme j’ai pas envie que les copains y me prennent pour une tapette…….
Remarque celui qui dit ça, mieux y va se cacher parce que si je l’attrape, je lui fais la tête comme un camembert.     
Déjà, je sais où j’vais aller pour que personne y me mette les yeux dessus. Qui me voit, si vous préférez. Avec Attia, on ira au Midi-Minuit, où le bon dieu, il a perdu ses babouches, en ville comme ça, personne y nous reconnaitra. Et puis, après, j’espère que les samotes qui me demandent de prouver que je suis  un mac en tapant cao,  y vont me lâcher, définitivement, la grappe. Vous avouerez que j’suis parote de me prêter à ces enfantillages (zarmah, je suis grand). La vérité, qu’est-ce que j’en ai à faire des élucubrations (waouh, ce mot) de ces ignares. Comme elle dit ma mère quand on lui reproche quelque chose, elle répond : bien faire et laisser dire. Ma mère, c’est la sagesse même ! Elle pourrait  choisir cette expression beaucoup plus explicite : Parle à mon cul, ma tête est malade ! Mais, ma mère à moi, elle est polie. Qu’est-ce vous croyez ? Que dans la casbah dans les années 10, on parlait comme des charretiers ? Sa mère, ma grand-mère, si un de ses enfants y disait un gros mot, elle lui frottait la bouche avec du piment ! Nous autres, on a hérité de ce respect dû aux grandes personnes mais seulement aux grandes personnes parce que la rue toute entière, elle rougirait d’entendre le parler des chitanes entre eux, plein de grossièretés les unes plus vilaines que les autres.
Après ce cours de savoir-vivre en société, revenons à nos moutons.
Le fameux jour du taper cao au cours d’arabe littéraire, il est arrivé sans tambour ni trompette. Je m’retrouve seul sur mon ile déserte. En effet, Attia, ce coulo, y m’annonce pas,  avec tambour et trompette, qu’il se dégonfle. Moi, je pense remettre à demain c’que je peux faire le jour même (selon le fameux proverbe) mais les copains, comme des sangsues, y me gonflent les bonbons alors, à la guerre comme à la guerre, j’me jette à l’eau. En plus, j’ai pas d’argent pour le cinéma. Où j’vais aller ? Putain, dès une heure de l’après-midi, je  rase les murs pour monter à Notre Dame d’Afrique. L’homme invisible, c’est moi. J’suis vraiment neuneu, hein !        
Je passe devant la campagne Oualid en me cachant parce que les Oualid, c’est de la famille éloignée. Et ça grimpe, ça grimpe, achno jamais ça m’a paru si loin quand je montais avec les amis. Je suis comme une âme en peine, un chien perdu sans collier. Je pourrais chanter « Si toi aussi tu m’abandonnes » en pensant à ce coulo d’Attia, mais la vérité, je chante comme une lessiveuse, alors, je préfère m’abstenir. Ça y est, j’suis arrivé là où le bon dieu, il a perdu ses pantoufles. Madame l’Afrique, presqu’elle m’applaudit d’avoir grimpé jusqu’en haut dans un style proche de Bahamontès sauf que moi, j’ai pas d’vélo.
Purée, le panorama ! Aujourd’hui, tout seul sur la colline, j’ai tout le temps d’admirer Bab El Oued qui se mire dans l’eau. Un tableau mieux que Picasso. Du bleu avec la mer et le ciel, du vert avec les cyprès et les pins qui entourent les  cimetières, du blanc avec les immeubles couronnés du rouge des terrasses, du jaune avec les stades de Saint-Eugène et Marcel Cerdan, la vérité, qu’est-ce tu veux de plus beau que cette palette de couleurs qui éclatent sous mes yeux ! Ça y est j’me prends pour un poète. C’est sans doute la solitude et la beauté du paysage qui me rendent tout gaga. Je suis le penseur de Rodin. Je tourne autour de la basilique comme une âme en peine. Le bruissement des cyprès sous le vent, ça me berce, presque je m’endors. Pendant que les amis y sommeillent devant le prof d’arabe, moi, châ, châ, je m’laisse bercer par la musique de la nature…..ba ba ba, le poète ! Ça m’rappelle une anecdote : après avoir lu une de mes rédactions, mon prof il avait rien trouvé de mieux que de me qualifier de poète. La rédaction suivante, il a compris que le poète, il avait existé que dans son imagination ! Evidemment, les amis ils en ont fait des gorges chaudes. Ce putain de phrasé francaoui, y me laisse pantois. Nous à Bab El Oued, on se contente de se bidonner au lieu d’en faire des gorges chaudes. N’importe quoi. Le pathos, il aime faire du genre quand y parle. Oh, pardon, quand il cause. Allez va chez Azrine, va !

Pour les amis, je suis un mac, dixit les babaos de ma classe. Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre mais au moins, j’les entendrais plus me gonfler les bonbons avec la question : Quand tu tapes cao ? 
Qu’est-ce que j’ai de plus maintenant, à part, le mauvais sang pour tenter d’expliquer mon absence au prof?
Mais ma parole, y doit avoir un bon dieu pour les fainéants comme moi : le professeur d’arabe littéraire, rien de mieux, il a trouvé d’être victime d’un attentat le lendemain matin. Presque les copains y croient que c’est moi, l’assassin
Aouah, j’suis un bloffeur mais pas un menteur.
Mais, pour une fois, la vérité, le bon dieu, il a bien fait les choses. Tellement qu’je suis content, que je promets de remettre le couvercle  si Roland y tape Cao  avec moi. Houlà ! Roland y préfère faire manca oura. Ce badjij, y sait pas que dans le langage de nous autres, taper cao, c’est la contraction de faire man-caou-ra.
--Ya r’mar que tié !
Et je lui explique en long, en large et en travers. C’est trop simple, rien y comprend, ce parote !
Si y continue, je vais l’affubler de tous les mots de la casbah judéo-arabe que je connais: parote, badjij, r’mar, torrène, brèle, babao,…..Et si ça lui suffit pas, il a qu’à demander à sa mère, qu’elle aussi, elle est de la rue Marengo. Mais aouah, rien y veut savoir et, surtout, pas question de taper cao. Il a raison, y sait que celui qui lui cherchera des poux dans la tête, y va comprendre sa douleur, ada ma canne et mon chapeau.

ALGER


ALGER


ALGER


POEME DE HUBERT ZAKINE


mardi 25 avril 2017

Extrait de BAB EL OUED POUR MEMOIRE de hubert zakine



Les héros sont fatigués ! Monte cassino à pieds ! Marche ou crève ! Les pieds y se colorent de noir pour se distinguer des autres Français. Y savent pas encore qu’ils seront lavés dans un torrent de sang et de boue ! Bou allah sardek ! Mais prenons le temps car qui va piano va sano ! Soumlah marsek ou du calme !  Comme tu veux tu choises !
L’école elle retrouve ses instituteurs juifs. Le temps de l’insouciance est revenu. Le temps de l’école aussi. La cloche de la rentrée, elle nous tape le coup du revenez-y ! Les leçons et les devoirs, l’instruction civique, l’histoire, la géographie, le préau et tout le reste ! La ruée vers l’or à côté c’est  de la zoubia. Charlot y peut aller se rhabiller. Mais les élèves y préfèrent les jeux de leur âge ! Tchapp’s et noyaux, carrioles et toupies, billes et football. 



*****
Hier, le cimetière de Bône, envie de mourir y te donnait. Mais la vie, petit à petit, elle reprend la main ! De fatmah ! 5 dans tes yeux ! D’abord, Bône c’est là où le bon dieu il a perdu ses savates. Et puis y en a marre de parler des morts et des cimetières. Mais les hommes y peuvent plus se passer des armes. Un jour y construisent et le lendemain y détruisent ; Faudrait savoir ! C’est où la Chine et l’Indochine ! Les femmes elles adorent chiner ! Mais elles savent pas ce que ça veut dire indochiner. Leurs hommes, elles veulent les garder à la maison.  Auprès d’elles et de leurs chitanes ; y en a assez de la guerre ! La vie elle est si belle et si belles sont les plages d’Alger ! C’est  loin l’Indochine !
Alors Bab El Oued y décide d’oublier. Les oublis, c’est craquant au jardin Guillemin ! Tape cinq mon ami ! De nouveau tous pour un et tous des frères ! Même les juifs ! Comme avant Pétain,  putain, dé !

*****
L’an prochain à Jérusalem ! Israël y relève la tête grâce à l’ONU que De Gaulle y qualifiera de « machin ». Ça y est, les Hébreux y jouent les ténébreux en terre sainte ! Les juifs  d’Alger y sont contents comme quand  le Gallia y marque un but ! Illié illié illié ! Inch’allah, grâce à dieu et baroukh achem ! Seulement, Allah il est de mauvaise foi. Il aurait perdu la foi  mais quelle foi ? Il était une fois Allah, Jésus ou de Moïse ! Dieu seul y sait ! Toujours on dit qu’impossible n’est pas français !  Mais à savoir si le dieu des Arabes y comprend le français ! Aussi, la guerre sainte elle recommence contre les juifs ! En terre sainte ! Après les Allemands, c’est le tour des Arabes. Les fous d’Allah y remplacent les fours d’Hitler ! D’une main y prient et de l’autre, y z’égorgent !

*****
1950 : Les Saint-eugénois  plus beaux que les Bel abbésiens. L’ASSE elle remporte la coupe d’Afrique du Nord contre le SCBA. Alger y bat Oran à Oran !  La revanche, elle promet !
Le sport, c’est la santé  mais le travail aussi c’est la santé. Va comprendre quelque chose ! Quel cassement de tête !
La vie elle est belle en cette année 1950 ! La famille, l’amitié, le cinéma, la boxe, le football, la mer, la mouna, sidi ferruch, le rire, c’est la grande farandole de l’insouciance ! Le bonheur comme s’il en pleuvait !
Le « Vespa » il débarque d’Italie suivie du Rumi et du Lambretta. Casanova y lève que dalle sans scooter alors que Quasimodo y tombe tout ce qu’y veut avec son Vespa, son Rumi ou son Lambretta!  Sans parler de la Puch ! Faudrait savoir, y lève ou y tombe ?
Dès la première paie, Quasimodo y se paye un Vespa tout rutilant à crédit. Don Juan sans emploi y lève que des sacs de pommes de terre ! En un mot comme en cent, y  fait tintin. Tout juste si y peut se payer le tramway nommé désir ! Aller en ville pour jouer les zazous, c’est pas l’envie qui lui manque, c’est l’argent, le flouze, le pognon !
*****
Dans Alger, les tirailleurs sénégalais, noirs comme l’ébène, y ressemblent aux « madame Bono », qui font la pluie et le beau temps avec leurs castagnettes en fer ! Les uniformes y remplacent les gandouras ! Quand y descendent de la montagne, y pleut du balcon de la menue monnaie que les chitanes y chapardent aux « madame Bono ».  C’est la ruée vers l’or version Bab El Oued. Ça fait de l’animation dans les quartiers pour pas cher. L’animation dans les immeubles, c’est surtout l’affaire de la télévision. Dès qu’un voisin y se paye un poste, les enfants du quartier y jouent les envahisseurs. Madame  « sans gêne » elle envoie ses chitanes voir le film chez le voisin. Mais Madame « avec gêne » elle interdit à ses enfants d’embêter la voisine. Le spectacle, il est dans la rue, pas à la télévision ! Au théâtre ce soir avant l’heure.

*****

ALGER



ALGER


ALGER


mardi 18 avril 2017

MA MERE JUIVE DALGERIE de hubert zakine



A présent que ma mère ne surprend plus mes silences par ses allées et venues effectuées à pas feutrés, la douleur de ne pas avoir photographié du coeur le moindre de ses gestes inonde ma vie.
Comme toutes les femmes juives d'ALGERIE, elle était l'ALGERIE. Son langage flirtait avec le pataouète, ce parler familier aux enfants de BAB EL OUED chanté par le mythique Cagayous. Mais, il s'enrichissait de ses expressions judéo-arabes qui grimpaient à l'assaut de la forteresse naturelle de la Casbah.
J'admirais sa façon de parfumer ses mots d'orientalisme lors d'une discussion avec Malika, fatmah au grand coeur, un marchand des quatre saisons du marché Randon ou du marché Nelson, une de ses tantes autour d'un bon kawa.
De sa prime enfance, ma mère juive d'ALGERIE avait appris de sa mère et de sa grand-mère, à cuisiner selon la tradition israélite. A l'ancienne. Sur un kanoun. Avec la patience pour seule compagne.
--"Pour faire du bon manger, il faut passer des heures devant son fourneau. Une cuisine bâclée, c'est une cuisine bonne........à jeter!" répétait-elle.
Avec fierté, elle préparait mille et un petits plats qui faisaient le délice de sa maisonnée.
Cette cuisine méditerranéenne, née de la complicité judéo-arabe, possédait toutes les vertus de l'ALGERIE. Elle ne s'avalait pas, elle se dégustait comme se dégustait les paysages de cette terre généreuse. Elle était parfumée, chaleureuse et goûteuse, tellement lourde à digérer qu'elle imposait une sieste prolongée à l'ombre "d'un rideau de soleil".


La table de ma mère juive d'ALGERIE sentait bon les épices. Ses plats confectionnés avec tant d'amour et de savoir-faire étaient décorés, millimétrés, ciselés. Je la revois les jours précédant POURIM, s'affairant dans sa cuisine aux prises avec les sept plats de la fête. Mais le moment délicieux survenait la veille avec la préparation des galettes blanches. Le cérémonial se voulait immuable. Après avoir installé ses galettes sur les plaques obligeamment prêtées par le boulanger, mes frères et moi les portions à Villa Grossa qui les enfournait d'une main experte. Une fois cuites, nous les remontions à la maison et le trempage dans le blanc pouvait commencer.
--" C'est facile mais il faut le coup de main!" se vantaient les femmes qui sortaient des galettes lisses, blanches et, cerise sur le gâteau, brillantes.
Car, en ALGERIE, dans les familles juives comme dans toutes les autres familles, le voisinage qui tutoyait l'amitié exigeait que l'on offrit aux proches une assiettée de gâteaux afin de partager la fête. Et malheur à celle qui présentait une galette blanche virant sur le gris, d'aspect inégal ou mâte. Elle perdait une étoile au Guide Michelin des mauvaises langues du quartier. Ma mère et ses soeurs avaient hérité du savoir familial et notre palais ne différenciaient pas leurs préparations culinaires tant elles cuisinaient à l'unisson.
Ces femmes juives d'ALGERIE, dépositaires de cet héritage sacré le transmettaient ensuite à leurs filles. Ainsi, la tradition se perpétuait à travers les âges, malgré la modernité du fourneau à gaz qui rejetait le vieux kanoun au musée de la nostalgie, après de bons et loyaux services.
Ma mère me racontait avec un brin de mélancolie déposé au coin des lèvres, combien fut long et difficile l'apprentissage de l'ère moderne pour toutes ces femmes d'un autre temps, d'une autre civilisation.
La cuisine de ma mère juive d'ALGERIE a vécu. La patience est devenue une denrée bien rare et trop chère. Les surgelés supplantent dans les cuisines, les palais et les panses, les jolis petits plats mitonnés de jadis.
Les odeurs, les senteurs et les parfums de sa cuisine n'étaient point pléonasmes aux casseroles de mes souvenirs. Elles embaumaient la salle à manger où nous prenions, cérémonial oblige, tous nos repas. Elles s'ajoutaient les unes aux autres, âpres ou épicées, âcres ou acides, sucrées ou salées, piquantes ou fruitées.
Elles chantaient la méditerranée orientale par tous les ingrédients qui l'embellissaient et la rendaient unique au monde.

YYY


Comme tu avais raison, ma mère juive d'ALGERIE et, avec toi, toutes les femmes de ce pays qui offrait ses heures pour le bonheur de son peuple. Les mille et une saveurs de la cuisine judéo-arabe, à l'instar des délices de tantale, creusaient les estomacs, ouvraient l'appétit, endimanchaient chaque jour de la semaine. Les rondeurs et les somnolences d'après-repas témoignaient pour la postérité de la succulence des plaisirs de la table. L'huile d'olive, le kemoun, le kerouya, le safran, le persil arabe, la niora, la cannelle, la noix muscade, le flio, le clou de girofle, autant d'ingrédients pour régaler le palais des mille et une nuits de méguéna, de schkaimba, de hasbanne, de coclo, de boktof, de bestel, de tchoukchouka, de barbouche, de t'fina sans parler des délicieuces patisseries juives dérivées des douceurs orientales qui prenaient un malin plaisir à enrober la taille des gourmands.
Comme tu avais raison! Comme ta cuisine nous fut douce et bonne à déguster et la décoration de tes plats, architecture d'amour pour le travail bien fait et le régal de tes enfants, nous mit en appétit. Cuisine qui se goûtait avec le regard frugal avant de rassasier le palais.
Je te revois, ma mère juive d'ALGERIE, héritière de gestes millénaires et de souffrances endurées, les mains enfarinées, les cheveux prisonniers d'un foulard de propreté, le coeur à l'ouvrage sur un nougat aux dattes et aux amandes, malaxant la pâte sous le feu ardent, roulant les saucissons caramélisés dans la graine de sésame, les passant, satisfaite, sous le nez de tes trois garçons afin de te voir décerner le certificat moral d'Appellation Contrôlée. Je te revois, nous demandant d'ouvrir nos "fours de morfals" pour y déposer une tranche de nougat et guetter notre réaction satisfaite ou désappointée.
Comme tu avais raison! La cuisine est un acte d'amour envers autrui, époux, enfants, parents ou plus prosaïquement, clients. A mesurer les heures passées devant ton fourneau, dans cette cuisine d'ALGER où tu te sentais si bien, si chez toi, je peux dire, sans l'ombre d'un doute, que tu aimas ton époux, tes fils, ta famille comme personne.
Ma mémoire olfactive et gustative résiste au temps défiguré et nulle cuisine, jamais, où que je vive, où que je mange, ne renfermera autant de ravissement devant une assiette remplie d'amour et ne restituera jamais le plaisir contenu dans une tchouktchouka ou plus humblement, dans une omelette à la soubressade.