mercredi 18 janvier 2017

BERNARD PIVOT



A toutes fins utiles !
A mes vieux amis, dont le cerveau est toujours jeune !
Un très beau texte de notre ami Bernard Pivot. 
Cela fait du bien de lire pareille chose ! !

Extrait de son livre paru en avril 2011: Les mots de ma vie.

Vieillir, c'est chiant. J'aurais pu dire: vieillir, c'est désolant, c'est insupportable, c'est douloureux, c'est horrible, c'est déprimant, c'est mortel. Mais j'ai préféré « chiant » parce que c'est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c'est chiant parce qu'on ne sait pas quand ça a commencé et l'on sait encore moins quand ça
finira. 
Non, ce n'est pas vrai qu'on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant, invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c'était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j'étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j'ai vu dans le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l'âge qu'ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.
J'ai lu dans leurs yeux qu'ils n'auraient plus jamais d'indulgence à mon égard. Qu'ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m'en rendre compte, j'étais entré dans l'apartheid de l'âge. 
Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux. Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur
stylo plein de respect? Les cons ! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l'ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !
Un jour, dans le métro, c'était la première fois, une jeune fille s'est levée pour me donner sa place. J'ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J'ai pensé que… » Moi aussitôt : «Vous pensiez que…?
-- Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. Parce que j'ai les cheveux blancs? Non,c'est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça été un réflexe, je me suis levée…
-- Je parais beaucoup, beaucoup plus âgé que vous? Non, oui, enfin un peu, mais ce n'est pas une question d'âge…
--Une question de quoi, alors ? Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…» J'ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
Lutter contre le vieillissement c'est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l'amour, ni à la sexualité, ni au rêve.

Rêver, c'est se souvenir tant qu'à faire, des heures exquises. C'est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C'est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l'utopie. 
La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J'aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l'adagio du Concerto n° 23 en “la-majeur“ de Mozart, soit, du même,l'andante de son Concerto n° 21 en “ut-majeur“, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l'au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l'âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. 
Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?... Non, il ne fautpas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut
jouir sans modération.
Après nous, le déluge ?...Non,

POEME DE RACHEL BLOT

Ecoute, l'enfant !
Quand arrivera le moment
De te dire adieu mon enfant
Tu laisseras bruire le vent
Emportant mes rêves d’enfant
Car mon esprit s’envolera
Mon esprit vagabondera
Vers le pays où je suis né
Vers cette belle baie d’Alger
On l’appelait Consolation !
On y vivait avec passion
Toutes les histoires de la vie
C’était hier, en Algérie
Ecoute l’enfant
Ecoute le vent
Le vent de l’histoire
Du peuple pied-noir !
On l’appelait Consolation
Cet amalgame de nations
Comme il faisait bon respirer
Ce coin de Méditerranée
Ecoute l’enfant
Les histoires d’antan
Qui donnent à ton cœur
Ce plein de chaleur !
On l’appelait Consolation
C’tait notre âme, notre maison
Un beau royaume pour nos vieux
Jusqu’à ce triste jour d’adieu
Ecoute l’enfant
Le murmure du vent
Du vent du Banc Blanc
Cher à tes parents
Malgré ces années d’exilés
Malgré cette plaie refermée
Malgré ton regard plein d’amour
Elle vivra en nous toujours
La Consolation
Ecoute l’enfant
Il gémit , le vent
Et pleure chaque soir
Son peuple pied-noir !
(Rachel Blot)

mardi 17 janvier 2017

LE GRAND REMPLACEMENT..........

Juste pour rappel de notre avenir, certes ça peut-être pessimiste, mais le quotidien le démontre et le confirme !
Quand les immigrés auront rendu notre France invivable nous serons obligés d'aller dans les pays d'où ils viennent.
Petit à petit, les termites nous dévorent de l'intérieur, grâce à l'aide de nos gouvernants successifs ...c'est comme si nous fournissions les armes à un assassin afin qu'il nous trucide.
C'est aussi intelligent.
Qui va quitter la France ? Certainement pas les immigrés.
Pour les Français, le train de l'Histoire arrive PEU à PEU à son terminus.
C'est fini. Il faut ramasser ses bagages et se préparer à descendre.
Quand la Seine Saint-Denis a commencé à pourrir, les Français de souche ont quitté la Seine Saint-Denis transformée depuis en coupe-gorge.
De la même manière, ils quittent Lille, Marseille, Roubaix, les quartiers nord de Paris.
Progressivement, viendra le jour où changer de ville ne résoudra pas le problème.
Il faudra alors s' écraser ou bien quitter notre pays.
Peu à peu, le Français de souche se fait remplacer et il est heureux !!!
Il regarde béatement sa Nation (et sa télévision) partir dans le tout à l'égout mais il est content........
Dans la nature, quand un animal est blessé, les rapaces viennent de partout.
Par leurs impôts, les Français financent les logements, la nourriture et les soins de ceux qui sont en train de les remplacer.
Les français sont en train de payer le crédit d'une maison qui leur sera volée, pas d'héritage pour vos enfants qui seront réduits à l'esclavage, à moins qu'ils ne quittent la France....... Car .........
Quand il n' y aura plus assez de travailleurs pour payer les parasites, ce sera le chaos et la violence.
Pour son immigration, la France a choisi des populations incapables de gagner ou de produire ne serait-ce que leur pain quotidien.
Et comme disait V. Poutine : La France va devenir la colonie.... de ses anciennes colonies !
REVEILLEZ VOUS FRANCAIS !
IL NE SUFFIT PAS DE CHANTER LA MARSEILLAISE !!!!

mercredi 11 janvier 2017

Extrait de TCHALEFS D'UN ENFANT DE BAB EL OUED de Hubert Zakine



LA MOUSTACHE DE TONY PERKINS



Alger, sans ses terrasses ouvertes sur la mer, c’était pas Alger. Et Bab El Oued sans ses balcons, coincé entre la blanche casbah et le bleu d’un ciel à nul autre pareil, il aurait pas le même attrait ni le même état d’esprit. Ce serait pas le Bab El Oued qu’on regrette tant.

Y faut dire que la vie au grand air, et même au grand courant d’air, les enfants de Bab El Oued y pouvaient pas s’en passer. 
Ma mère, elle a jamais aimé vivre en France et particulièrement dans la région parisienne parce que les gens, jamais y z’aéraient leur appartement. Ca sent le renfermé, elle disait ! Et elle avait raison.

Nous autres, on aimait le courant d’air de l’amitié qui soufflait et ricochait sur les murs pour s’envoler vers le pays où le rire il est roi.

En été, les balcons y devenaient des salles à manger où le voisin y se régalait rien qu’à l’odeur du persil arabe, du kemoun et l’anis étoilée. Souvent, à l’abri d’un rideau de soleil, les hommes y prolongeaient les plaisanteries du café et les femmes, tout en servant leur progéniture, elles continuaient les discussions entamées sur le chemin du marché. L’après midi ou plutôt aussitôt le repas terminé, Azrine y pouvait venir, le quartier y se tapait une sieste carabinée. Pendant que Blanchette, l’arroseur des rues y rafraichissait le quartier, c’était la grande digestion du quartier. 
Le soir, le balcon y servait à prendre le frais bien sûr mais surtout à prendre la température du quartier. Rien qu’on parlait, même si on avait rien à dire. Les enfants y s’envoyaient des illustrés par le système à poulies et à cordes qu’y z’avaient mis au point pour pas descendre toutes les cinq minutes. Ingénieux comme des intelligents, y donnaient l’impression à leurs parents d’être des Einstein en devenir. Les hommes, affalés dans leur chaise longue, y profitaient du spectacle son et lumière de la rue sous une voute céleste constellée d’étoiles. Ba ba ba, Honoré de Balzac il aurait pas fait mieux !

On entendait les rires fuser à tous propos et aussi les moqueries car pour les pieds noirs, l’ironie c’était une seconde nature. C’était à celui qui critiquait le copain parce que son équipe de football elle avait pris la tannée le dimanche précédent, parce qu’il était coiffé à la bol de loubia ou qu’il était fartasse des cheveux, qu’il avait fait la raie comme le tournant Rovigo, celle qui racontait sa dernière mésaventure au marché ou qui racontait à qui voulait l’entendre que le marchand de poissons, il avait des sardines toutes pas fraiches.

Jusqu’au coucher du chef de famille, le balcon y vivait à mort.

Un jour qui faisait pas nuit comme elle dit la Palice, j’ai voulu encore plus ressembler à Tony Perkins que d’habitude, zarmah, c’était mon sosie. Alors je me suis rasé la moustache mesquinette qui barrait mon visage angélique. Le duvet y me pourrissait la vie et un jour ça m’a pris comme une envie de faire pipi. Attention les yeux. Toutes les filles, j’allais les tomber, rubis sur l’ongle. J’imaginais les petites du jardin Guillemin faire la chaine pour me séduire et tout, et tout !

Seulement, une fois coupée la moustache, plus moyen de la recoller. Tain de tête que ça me faisait ! La honte ! Bou ! Comment j’allais sortir pour taper un match ou pour taper un bain à Padovani ? Et comment j’allais faire pour taper le « paséo » avenue de la Bouzaréah pour mater les filles qui faisaient que « andar et venir » rien que pour se faire draguer par les garçons ? Avec ma nouvelle « tête de pipe », mieux, j’me jette au Kassour où toutes les eaux usées de Bab El Oued elles rejoignaient la mer. Mon ami Boisis, zbarlalah, y vient me siffler pour que je descende. Moi, je sors au balcon en prenant bien soin de mettre les mains devant ma bouche et devant ma moustache qu’elle était plus là. Boisis y comprend pas pourquoi je veux pas le rejoindre en bas la rue. Son frère ainé, son appartement il est juste en face de mon balcon. Alors, y monte chez son frère, y dit bonjour à sa belle soeur et y sort à la fenêtre. J’enlève ma main de devant ma bouche. Et là, ce coulo, il attrape un fou-rire comme si y regardait un film de Jerry Lewis. On dirait qu’il a vu la Joconde sans cheveux. Y rigole, y se tape le cul par terre, tant que ça je suis vilain ? Et plus, y rigole et plus j’ai envie de l’étrangler. 
Reusement que c’est les vacances et que l’école elle est finie ou sinon, je prends le maquis pour taper cao ! Quand il a fini de se fendre la pêche (si j’avais le temps, je vous demanderais de m’expliquer ce qu’elle vient faire la pêche dans ma réflexion) Boisis que la bande elle surnomme Bouzouz, sans se démonter, entre deux fous rires, y m’annonce que, quand le quartier y va le savoir, y va en faire des gorges chaudes. Rien d’autre il a trouvé pour me remonter le moral, ce faux-frère, ce calamar farci. Surtout que c’était sur son insistance que je me suis enlaidi en me rasant la moustache. Zarmah, Tony Perkins !

L’après midi, tous les amis y z’ont défilé sur le balcon du frère de Bouzouz et c’était à celui qui rirait le plus fort et le plus longtemps. Malgré les amis qui se sont évertués à me faire descendre à la rue, j’ai tenu bon durant dix jours à supporter les sarcasmes et les fous rires des couillons de la lune qui se cassaient le ventre de rigolade.

Le temps de faire repousser cette maudite moustache, je suis redescendu en bas la rue, beau comme un soleil, oublieux qu’un jour, un babao y m’avait pris pour Anthony Perkins.





FIN

Extrait de JONAS DE LA CASBAH D'ALGER de Hubert Zakine






Malgré l’insouciance qui semblait le dominer, Robert songeait bien souvent à son père et mesurait combien son égoïsme avait pesé dans la décision de Jonas. Aveuglé par sa réussite, il en avait oublié la leçon des anciens. Tout au long des années en culottes courtes, le seul leitmotiv de ses parents fut le succès des enfants qui ne devait être subordonné à nulle autre considération que la famille. Mais l’ambition de Robert qui n’était pourtant pas démesurée, risquait d’ébrécher le bonheur du foyer. Il était, à présent, persuadé que le bien-être de ses parents, et en premier lieu de son père qui souffrait visiblement de cette situation, passait avant tout. Au petit matin, quand les effluves embrumés du Kursaal se dissipaient, Robert redevenait le garçon de la casbah, attentif aux besoins des siens. Alors, afin de redessiner un avenir radieux, il rendit visite à sa sœur pour décider le retour de leurs parents à la source vive de leur passé.
Robert entra de suite dans le vif du sujet.
--Papa est trop malheureux loin de sa casbah et de son travail. Quant à manman, si elle dit rien, tu la connais, elle pense à moi et pas à elle.
Pauline coupa la parole de son frère pour abonder dans son sens et crier ce qu’elle avait sur le cœur.
--À Saint-Eugène, ils se sentent exilés loin de tout ce qui était leur univers. Papa, je le sais, marche à côté de sa vie, comme un étranger dans sa propre carcasse. Maman ne reconnaît plus l’homme qu’il était dans la casbah.
--Je sais ! avoua Robert qui poursuivit : je croyais qu’ils s’y feraient mais j’avais pas compté sur le fait qu’ils sont trop vieux pour changer de vie. Papa, il est perdu loin de son quartier. Manman elle s’est jamais plainte mais…
--C’est pas qu’ils sont trop vieux, seulement ils sont trop attachés à leurs habitudes, et surtout à leur environnement !
--Mais j’ai beau chercher une solution qui ferait plaisir à tout le monde, j’en vois pas !
--Parce que tu es aveugle ! La solution c’est que tout redevienne comme avant !
--Mais comment tu veux que ça redevienne comme avant ? Il faudrait que tu acceptes de libérer l’appartement !
--Ça tombe bien. Avec Benjamin, on voulait habiter dans un « chez nous » et pas chez papa et manman ! Ça va accélérer les choses, c’est tout !
--Alors là, c’est réglé !
--Si vous avez besoin d’argent, je suis là, petite sœur. Et Benjamin, il laissera papa retravailler à l’atelier ?
--Bien sûr, sinon, je lui arrache les yeux !
--Raïeb, j’avais une dent contre lui mais il faut pas qu’il trinque !
--C’est sûr, le pauvre ! Surtout qu’il travaille comme un forçat !
--Bon, alors, tu auras le temps de parler à Benjamin tranquillement. Venez manger dimanche à Saint-Eugène, on l’annoncera ensemble aux parents.
Pauline conclut simplement :
--Comme ça, on aura toute la journée pour leur expliquer que c’est mieux pour tout le monde. Il faut que manman, elle se fasse pas trop de mauvais sang pour toi !